Emmanuelle Beauchamp
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Chronique · 24 août 2026

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Nos églises brûlent !

Une église en bois historique de la Péninsule acadienne, au Nouveau-Brunswick, a été réduite en cendres dans la nuit du 23 au 24 août 2026. L’incendie suspect de Saint-Simon s’inscrit dans une série d’incendies qui ont détruit des dizaines de lieux de culte au Canada depuis 2021, effaçant des repères physiques de mémoire collective et de foi.

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Dans la nuit du 23 au 24 août 2026, l’église Saint-Simon, plus grande église en bois du Nouveau-Brunswick, a été entièrement dévorée par les flammes.

Située dans le petit village de Saint-Simon, sur la Péninsule acadienne (aujourd’hui intégré à Caraquet), cette église centenaire, construite entre 1910 et 1920 par l’architecte acadien Nazaire Dugas, n’est plus qu’un amas de cendres et de charpentes noircies. Vers 3 h 20 du matin, des détecteurs de mouvement se sont déclenchés à l’intérieur. Dix minutes plus tard, l’alarme incendie retentissait. Les pompiers de Caraquet, Bertrand et Shippagan ont combattu le feu pendant des heures. Ils ont cru le contenir un moment, mais dès que les flammes ont percé vers le toit et la couverture, il n’y avait plus rien à faire. Le bois, le vernis, les bancs, tout a brûlé.

Personne n’a été blessé. Quatre bâtiments voisins ont souffert de la chaleur intense. Le chef des pompiers de Caraquet, Luc Dugas, a déclaré dès le matin que l’incendie était suspect. La GRC et le bureau du prévôt des incendies enquêtent.

Devant les restes fumants, les drapeaux acadien, canadien et du Nouveau-Brunswick flottaient encore. Des habitants, émus, regardaient en silence. « L’église, c’était la place principale pour nous autres… À cette heure, il n’y aura plus d’enterrement ici, plus de mariage, plus de baptême. C’est beaucoup pour la paroisse et pour la communauté », a confié un résident. Mariages, funérailles, baptêmes, repas de sous-sol, chorales… Ce bâtiment n’était pas seulement un lieu de culte. C’était le cœur battant du village.

L’intérieur, avant le drame, était d’une beauté simple et lumineuse : voûtes bleutées, statues, orgue, bancs de bois. Des générations d’Acadiens y avaient prié, chanté, pleuré et célébré.

Aujourd’hui, il ne reste que des ruines enfumées, des poutres calcinées et, sur le sol, une croix métallique à demi enfouie dans les débris.

Ce n’est pas un cas isolé

Les données publiques et les enquêtes journalistiques montrent une hausse des incendies d’églises au Canada depuis 2021. Selon une enquête de CBC News publiée en janvier 2024, au moins 33 églises ont été complètement détruites par le feu entre mai 2021 et décembre 2023. Parmi elles, 24 ont été confirmées comme incendies criminels, 2 accidentelles, et les autres restaient sous enquête à l’époque. Environ la moitié se trouvaient sur des réserves des Premières Nations ou dans de petites communautés rurales. La plupart des dossiers sont restés non résolus ; seulement neuf ont mené à des arrestations, sans motif clair établi dans la majorité des cas.

Un rapport de 2025 du Macdonald-Laurier Institute (analyse empirique des données de Statistique Canada) a documenté 238 attaques par incendie criminel visant des institutions religieuses entre 2021 et 2023, soit plus du double du niveau de base des années 2011-2017. Le taux d’incendies criminels visant des lieux de culte a presque doublé. Les Prairies et la Colombie-Britannique ont été particulièrement touchées. Les données pour 2024 et 2025 restent partielles, mais le phénomène n’a pas cessé.

Voici des exemples documentés et rapportés par les médias (traditionnels ou spécialisés) au cours des trois dernières années environ :

  • Juin 2024 – St. Anne’s Anglican Church (Toronto, Ontario) : église historique complètement détruite. Initialement non jugée suspecte, l’enquête du marshal des incendies de l’Ontario a conclu en novembre 2025 qu’il s’agissait d’un incendie volontaire (plusieurs points d’origine).
  • Septembre 2025 – All Saints Ukrainian Orthodox Church (Bellis, Alberta) : église presque centenaire réduite en cendres. Confirmé comme incendie criminel avec accélérant, dans le cadre d’une vague de crimes (vols de véhicules, etc.). Plusieurs suspects arrêtés.
  • 1er septembre 2025 – Église de la Thunderchild First Nation (Alberta) : brûlée après une effraction. Dossier non résolu.
  • 16 septembre 2025 – Our Lady of the Snows (Colville Lake, Territoires du Nord-Ouest) : église historique en bois détruite. Cause non déterminée.
  • 17 juillet 2025 – Église de l’Immaculée-Conception (Saint-Ours, Québec) : détruite après avoir été frappée par la foudre lors d’orages violents (confirmé par la municipalité et les pompiers).
  • Février-avril 2026 – Plusieurs églises au Québec : Saint-Paul (région de Montréal, février), Saint-Mathieu (Montérégie) et Saint-Romain (avril, édifice désacralisé, presque centenaire, clocher effondré). Causes en enquête pour certaines.
  • 24 août 2026 – Église Saint-Simon (Nouveau-Brunswick) : l’incendie d’aujourd’hui, jugé suspect.

D’autres incendies (tentatives, dégâts partiels ou églises désacralisées) ont été signalés localement, mais aucune liste exhaustive officielle n’existe pour 2024-2026. Les médias traditionnels (CBC, Global News, journaux régionaux, Radio-Canada) ont couvert la majorité des cas majeurs de destruction totale. Certains analystes et organisations notent un taux de résolution faible et une couverture parfois limitée pour les cas ruraux ou sur réserves, ce qui alimente le sentiment que le phénomène est sous-documenté à l’échelle nationale. Les données de police et d’assurance (ex. Ecclesiastical Insurance) indiquent que l’incendie criminel reste une cause importante des feux dans les lieux de culte.

Ces destructions, qu’elles soient criminelles, accidentelles ou indéterminées, représentent une perte réelle de patrimoine. Des bâtiments qui ont accueilli des générations de mariages, baptêmes, funérailles et rassemblements communautaires disparaissent. Dans des régions comme l’Acadie, les Prairies ou le Nord, c’est souvent le dernier lieu physique de mémoire collective qui s’efface.

Les flammes de Saint-Simon s’inscrivent dans cette longue série. Elles emportent plus que du bois : un lieu où l’on apprenait à dire « nous ». Il reste à chaque communauté de décider ce qu’elle fera de ces cendres.

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