Chronique · 9 septembre 2026
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Invisibilisation de la femme à la Tour Eiffel pour un Guru
Samedi 5 septembre, une délégation du mouvement hindou BAPS a obtenu une visite privée de la Tour Eiffel à une condition acceptée par la direction : écarter les salariées. Des femmes ont quitté leur poste, d’autres ont été remplacées par des hommes, certaines ont dû se cacher dans des locaux annexes. Lundi, le monument national a fermé. Derrière les excuses tardives de la SETE et l’indignation de la mairie PS, une seule réalité : à Paris, l’égalité des sexes recule dès qu’une exigence religieuse étrangère se présente au pied de la Dame de fer.

Samedi 5 septembre 2026, au cœur de Paris, des salariées du monument national ont été priées de disparaître. Pas pour une raison de sécurité. Parce qu’elles étaient des femmes.
Il y a des images qu’on n’imaginait plus possibles en France. Pas dans un roman dystopique. Pas dans un reportage sur un pays lointain. Ici. Sous la Dame de fer. Samedi dernier, une délégation d’une centaine de personnes du mouvement hindou BAPS (Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha) a obtenu une visite privée de la Tour Eiffel. Condition acceptée par la direction : limiter les « interactions avec les femmes ».
Concrètement, cela a voulu dire ceci. Des salariées — y compris celles des prestataires — ont reçu l’ordre de quitter leur poste. Certaines ont été remplacées, à chaud, par des hommes. D’autres ont dû se confiner dans des locaux annexes, des salles de service, loin du regard du « chef spirituel ». Toutes ont eu consigne de ne pas traverser certaines zones pendant le passage du groupe. Une vingtaine de femmes au moins, selon Diane Davoine, élue CGT au CSE de la Société d’exploitation de la Tour Eiffel (SETE).
« On leur a demandé de quitter leur poste de travail, elles ont été remplacées par des hommes à certains postes volontairement. » Le mot qu’elle emploie ensuite n’est pas un slogan : invisibilisation. Humiliation. Effacement. Dans l’espace public. Sur le monument le plus photographié de France.
Lundi 7 septembre, le personnel a cessé le travail. La Tour Eiffel est restée fermée toute la journée. Des familles, des touristes venus du monde entier, ont reçu un SMS laconique : visite annulée, remboursement par e-mail. Aucune explication sur place. Le symbole de la France, fermé. Pas à cause d’une tempête. À cause d’une capitulation.
Un temple, un guru, une règle importée
La visite n’était pas un hasard diplomatique isolé. Elle s’inscrivait dans le festival d’inauguration du premier temple hindou traditionnel en pierre de France, ouvert le 6 septembre à Bussy-Saint-Georges (Seine-et-Marne), sur l’« Esplanade des religions et des cultures ». Un édifice de plusieurs milliers de mètres carrés, pierre taillée en Inde, assemblée en Île-de-France, présenté comme le plus grand mandir de ce type en Europe continentale.
Le BAPS est une organisation religieuse mondiale, proche des milieux nationalistes hindous selon plusieurs observateurs, dont les moines (sadhus) prononcent un vœu de célibat qui leur interdit de parler aux femmes, de les toucher, parfois même de les croiser inutilement. Ce n’est pas un secret : c’est écrit dans leur doctrine. Ce qui est nouveau, c’est qu’une entreprise publique française — la Ville de Paris détient 99 % de la SETE — ait accepté de plier le fonctionnement d’un monument national à cette règle.

La SETE elle-même l’a reconnu : la délégation avait demandé que la visite du représentant spirituel soit organisée « en limitant ses interactions avec les femmes ». Puis, une fois le scandale public, le communiqué de contrition est arrivé : « Ces conditions n’auraient pas dû être acceptées. Elles ne sont conformes ni aux valeurs de la SETE, ni aux principes d’égalité entre les femmes et les hommes. »
Traduction : on a d’abord dit oui. On s’excuse ensuite, quand les caméras sont là.
Le BAPS, de son côté, a publié des « sincères excuses » tout en niant avoir demandé « un traitement différencié entre les femmes et les hommes ». Personne n’aurait été refoulé, assure le communiqué. Circulez. Le problème, c’est que la direction du monument dit le contraire. Et que les salariées, elles, ont bien vécu l’ordre : disparaissez.
Le féminisme à géométrie variable de la gauche parisienne
Le maire de Paris Emmanuel Grégoire (PS) a dénoncé une situation « inacceptable » et annoncé une enquête « dans les plus brefs délais ». Ariel Weil, maire PS de Paris Centre et président de la SETE, a parlé de « cadres un peu zélés », assuré qu’il n’était « évidemment » pas au courant, et promis de « tirer toutes les conséquences ».
On connaît la chanson. L’indignation après coup. L’enquête interne. Le bouc émissaire intermédiaire. Personne, au sommet, n’aurait « su ».
Pourtant Diane Davoine le dit sans détour : pour une délégation de cette ampleur, « il y a forcément un lien avec l’État d’une façon ou d’une autre ». Les consignes sont redescendues. Oralement. Sans écrit. Le management de terrain n’a fait qu’exécuter.
Voilà le vrai scandale politique. Ce n’est pas seulement qu’un groupe religieux ait formulé une exigence incompatible avec le droit français. C’est qu’on l’ait satisfaite. Dans Paris, capitale auto-proclamée des droits des femmes, dirigée depuis des années par une gauche qui transforme chaque 8 mars en messe laïque, qui chasse le « sexisme ordinaire » dans les publicités et les manuels scolaires, qui recouvre les rues de slogans sur l’égalité.
Dès qu’il s’agit d’une demande religieuse venue d’ailleurs, le dogme bascule. On ne « stigmatise » pas. On « accueille ». On « dialogue ». On range les Françaises dans une pièce sans fenêtre.
C’est cela, le wokisme réellement existant : un féminisme qui hurle contre un compliment maladroit au bureau, et qui baisse les yeux quand on cache des femmes au pied de la Tour Eiffel pour ne pas offenser un moine de 93 ans. Un antiracisme qui considère que rappeler la loi de 1905, l’égalité civile et la laïcité serait une agression culturelle. Un « vivre-ensemble » qui, concrètement, consiste à faire reculer le pays d’accueil.
Ce n’est pas de la diversité. C’est une substitution de normes.
On nous répète depuis vingt ans que l’immigration et le multiculturalisme enrichissent la France. Voici le produit fini. Pas un plat, pas une fête de quartier. Une règle religieuse étrangère appliquée, le temps d’une visite, sur le monument le plus français qui soit. Les femmes doivent s’effacer. Les hommes les remplacent. L’État-providence culturel sourit, puis s’excuse.
Personne ne demande aux hindous de renoncer à leur foi. La France compte des citoyens de toutes origines, et la liberté de culte n’est pas négociable — dans le cadre de la loi. Ce cadre, précisément, interdit la discrimination fondée sur le sexe. Article 1er de la Constitution. Code du travail. Code pénal. On n’adapte pas un site public aux tabous d’un visiteur, fût-il « spirituel », fût-il lié à une puissance étrangère, fût-il escorté par des drapeaux et des processions.
Si demain une autre délégation exige que l’on écarte les non-croyants, les homosexuels, les juifs, les femmes non voilées, où s’arrête-t-on ? La SETE a déjà répondu, une fois : on s’adapte, puis on communique.
La Tour Eiffel a rouvert mardi matin. Les enquêtes de la Ville et de la SETE vont produire des rapports. On parlera de « dysfonctionnement », de « procédure à revoir », d’un futur « protocole VIP ». On évitera la phrase qui fâche : la France n’a pas à devenir le théâtre des séparatismes des autres.
Un monument national n’est pas un hôtel. Une salariée française n’est pas un obstacle rituel. Et l’égalité des sexes n’est pas un totem que l’on range au vestiaire dès qu’un guru descend de voiture.
Si ce pays a encore un minimum d’orgueil, la réponse tient en une ligne : chez nous, les femmes restent à leur poste. Point.
Sources principales : communiqués SETE et CGT ; déclarations de Diane Davoine ; AFP / Le Parisien / franceinfo / Reuters / NYT, 7-8 septembre 2026.

