Fondateur
Un homme ou une femme arrivé sous le Régime français, qui a laissé des enfants ici. Quelques milliers, pas davantage.

Depuis 1608
Un peuple n’est pas une administration, ni un hôtel, ni un « vivre-ensemble ». C’est une chaîne de naissances. Quelques milliers de Français ont fait le Québec. Leurs enfants sont encore là. On peut le raconter simplement.
En trente secondes
Trois mille colons. Huit cents mères. Quatre siècles. Des millions d’enfants.
3 200
habitants en 1663
~800
Filles du Roy
91 %
du patrimoine génétique d’origine française
6 M+
de descendants aujourd’hui
Chiffres tirés du PRDH (Université de Montréal), de BALSAC (UQAC) et des travaux de Vézina, Tremblay et Landry. Ce n’est pas du mythe. C’est le registre paroissial, lu jusqu’au bout.
Quatre mots, pour commencer
Un homme ou une femme arrivé sous le Régime français, qui a laissé des enfants ici. Quelques milliers, pas davantage.
Jeune femme envoyée par Louis XIV, avec une dot, pour fonder un foyer. Environ 800, entre 1663 et 1673.
Quand un petit groupe se reproduit sur place, sans beaucoup d’arrivants, ses traits — noms, visages, parfois maladies — se répandent.
Régiment du roi, 1 200 soldats en 1665. Près de 400 restent, se marient, deviennent des pères.
Comment ça marche
Imaginez un village de trois mille personnes. Presque personne d’autre n’arrive. Les enfants restent. Les petits-enfants restent. Au bout de dix générations, le « village » compte des millions d’âmes — et tout le monde est un peu cousin.
1
Sous le Régime français, environ 10 000 immigrants. Seule une fraction — quelques milliers — laisse une descendance. Ce sont les fondateurs.
2
Familles de huit, dix, douze. Presque pas de nouveaux venus après 1680. Le village grandit sur lui-même.
3
Les gènes, les noms, les visages se répètent. 91 % du patrimoine génétique canadien-français vient de ces fondateurs français. Ce n’est pas une opinion. C’est de la généalogie.

Une lignée, ce n’est pas une théorie. C’est des grands-parents, des parents, des enfants, sur la même terre.
Le diagramme qui compte
Voici l’idée, en une image. Une famille nombreuse, presque pas d’immigrants après 1680, et le compteur s’emballe. Les barres sont un ordre de grandeur — pas un recensement. C’est assez pour comprendre pourquoi un homme du Perche a pu peupler un pays.
Huit, dix, douze enfants. Quatre ou cinq qui se marient. Recommencez dix fois. On n’importe pas un peuple. On le naît.
Le compteur
On ne « remplit » pas un pays en important le monde. On le fait en naissant ici. Voici la courbe, en six arrêts.
1608
28
Hommes à l’Abitation
1663
3 200
Avant les Filles du Roy
1681
9 700
Recensement de la colonie
1760
70 000
À la Conquête
1851
890 000
Canada-Est
aujourd’hui
6 M+
Descendants d’Amérique
Le problème, puis la solution
En 1663, la colonie est un camp d’hommes. Sans femmes, pas de foyers. Sans foyers, pas de peuple. Louis XIV envoie les Filles du Roy. En moins de vingt ans, le rapport s’équilibre — et la colonie triple.
1663
Environ 2 hommes pour 1 femme
3 200 âmes. Des engagés, des soldats, trop peu d’épouses. Un comptoir, pas encore un pays.
1681
Presque autant de femmes que d’hommes
9 700 âmes. Les Filles du Roy sont mariées. Les berceaux sont pleins. Le peuple commence.

1663 – 1673
En 1663, la colonie compte 3 200 âmes et trop peu de femmes. Louis XIV paie le passage. On les appelle les Filles du Roy : jeunes femmes, souvent orphelines, parfois veuves, à qui le roi offre une dot pour fonder un foyer au Canada.
Yves Landry en dénombre 764. Près de 800, en chiffres ronds. La moitié de toutes les femmes immigrées sous le Régime français. Mariage en cinq mois, en moyenne. Plus de 4 400 naissances qui leur sont attribuées.
Aujourd’hui, les deux tiers des cinq millions d’individus du fichier BALSAC descendent d’au moins une Fille du Roy. Leur contribution génétique aux Québécois nés vers 1960 : 9,3 % — soit 40 % de tout ce que les fondatrices françaises ont laissé.
Ce qu’elles apportaient
Ce n’était pas une légende dorée. C’était un contrat. Le roi paie le passage et une dot d’environ cinquante livres. Elles débarquent, elles choisissent, elles se marient. En cinq mois, en moyenne.
50 ₶
De l’argent pour fonder le foyer. Pas une aumône : un investissement dans un peuple.
5 mois
On ne vient pas « tenter sa chance ». On vient faire des enfants, tout de suite.
½
La moitié des femmes arrivées sous le Régime français. Le reste du portrait, c’est elles.
4 400+
Le premier choc démographique. Après, le pays se fait tout seul.

Linge, robe de laine, chapelet, quelques pièces. Le nécessaire d’un foyer, pas d’un empire.

Une chapelle de bois, un soldat devenu habitant, une messe. C’est ainsi qu’un peuple commence.

D’où venaient-elles
Les hommes — engagés, soldats de Carignan, habitants — viennent surtout de l’Atlantique : Normandie, Aunis, Poitou, Perche. Les Filles du Roy, elles, viennent souvent de la région parisienne. Deux France, un seul peuple à l’arrivée.
Les pères
Normandie, Perche, Poitou, Aunis
La France de l’Ouest. Des laboureurs, des soldats.
Les mères
Île-de-France, Orléanais, Beauce
Souvent la ville. Paris, et les hôpitaux du roi.
Répartition des Filles du Roy selon Landry (2013). Total : 774 origines recensées.

1665
Le roi envoie un régiment. 1 200 soldats. Ils viennent faire la guerre, et beaucoup restent faire des enfants. Près de 400 s’établissent. Ce sont eux, souvent, qui épousent les Filles du Roy.
Sans ces deux vagues — les armes, puis les mères — la colonie reste un comptoir. Avec elles, elle devient un peuple. Un peuple qui parlera encore français quatre siècles plus tard, sur la même rive.
~400soldats qui restent
~800Filles du Roy
un peuplequi n’a pas quitté la rive
Les noms qu’on porte encore
Tremblay, Gagnon, Roy, Côté. Ce ne sont pas des « noms québécois » par hasard. Ce sont des foyers du XVIIe siècle qui ont essaimé. Un seul couple du Perche a pu laisser des dizaines de milliers de porteurs.
Pierre Tremblay, du Perche (1647). Le nom le plus porté au Québec.
Trois frères du Perche. Un nom de défricheurs.
Plusieurs foyers, dont Anne Lemaître — plus d’un million de descendants recensés.
Côte du Saint-Laurent. Un nom de rive.
Anjou et Perche. Des laboureurs devenus un peuple.
France de l’Ouest. Un nom d’habitants.
Normandie. Un des grands foyers du XVIIe siècle.
Un nom de chemin, devenu un nom de nation.
Perche encore. La même source, un autre rameau.
Du Perche aussi. On se marie entre voisins d’origine.
Métiers d’Ancien Régime, transplantés ici.
Perche. Encore. Le village d’origine se lit dans l’annuaire.

Le Perche, la Normandie, l’Aunis : la France de l’Ouest. C’est de là que partent les pères. Leurs villages se lisent encore dans nos noms.
De 1668 à vous
On croit que le XVIIe siècle est loin. Il ne l’est pas. Votre arrière-arrière-grand-mère a connu quelqu’un qui a connu une Fille du Roy. Quatre arrêts suffisent à tenir le fil.
1668
Mariage d’une Fille du Roy
1760
Ses arrière-petits-enfants voient la Conquête
1960
Le baby-boom. Les mêmes noms, en ville.
2026
Vous. Douze à quatorze générations.

L’hiver, la rive, la messe, le retour. C’est dans cette répétition qu’un peuple se tient.

Pourquoi on le sait
Chaque baptême, chaque mariage, chaque sépulture. Le Québec a l’un des registres paroissiaux les plus complets du monde. Le PRDH a reconstruit les familles. BALSAC a suivi les descendants. On n’invente pas une lignée. On la lit.
C’est pour cela que les chiffres tiennent : 764 Filles du Roy, 91 % du patrimoine, deux tiers des fiches BALSAC. Pas un slogan. Un décompte.

Ce que ça veut dire
On nous dit que le Québec est une terre d’immigration, comme n’importe laquelle. C’est faux. Le Québec est une terre de fondation. Une poignée de familles françaises a tenu l’hiver, a fait des enfants, a transmis une langue, un droit, une table.
Deux Québécois de souche ont souvent un ancêtre commun au XVIIe siècle. Ce n’est pas une curiosité de salon. C’est la définition d’un peuple : on se reconnaît, on se doit quelque chose, on n’est pas interchangeable.
Un peuple qui oublie sa lignée accepte d’être remplacé. Un peuple qui la nomme sait ce qu’il a à transmettre — et à qui il a le droit de dire non.
La signature
Quand un petit groupe se reproduit sur place, deux choses arrivent. Les gènes des fondateurs occupent presque tout le tableau. Et quelques maladies rares, portées par un ancêtre, deviennent plus fréquentes ici qu’ailleurs. Ce n’est pas une honte. C’est une preuve.
91 %
Part du patrimoine génétique canadien-français d’origine française (Vézina, Tremblay).
Plus fréquente au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Un fondateur, des milliers de porteurs.
Née ici. On la nomme d’après nos rives, pas d’après un laboratoire.
Deux Québécois de souche : souvent un ancêtre commun au XVIIe. Le village n’a pas bougé.
Fil du temps
1608
Champlain fonde Québec. Une palissade, quelques dizaines d’hommes.
1634
Robert Giffard amène des familles du Perche. Le vrai peuplement commence.
1663
3 200 âmes. Trop d’hommes, trop peu de femmes. Louis XIV décide.
1665
Le régiment de Carignan-Salières : 1 200 soldats. Près de 400 restent et se marient.
1663–1673
Les Filles du Roy. Environ 770 à 800 femmes, dot du roi, mariées en quelques mois.
1681
La colonie a presque triplé. Le rapport hommes-femmes est rétabli.
1760
70 000 Canadiens. La Conquête change le drapeau, pas le sang.
aujourd’hui
Des millions de descendants. Les mêmes noms. La même rive.
Un appel aux Canadiens français
Un peuple qui n’a plus d’enfants n’a plus d’avenir. Il n’a plus qu’une date.
La lignée n’est pas seulement derrière nous. Elle se joue maintenant, dans les berceaux. Voici le bulletin — et ce qu’il faut faire, tant qu’il reste encore des Québécois.
Le creux historique
On naissait plus de 140 000 bébés par année à la fin des années 1950. En 2024 : 77 400 — pour une population deux fois plus nombreuse. Depuis 2024, le Québec perd plus de vies qu’il n’en reçoit au berceau.
1,33
enfant par femme au Québec en 2024. Le plus bas jamais enregistré.
2,1
le seuil pour simplement se renouveler, sans immigration.
4
enfants par femme à la fin des années 1950. Nos grand-mères remplissaient le pays.
Indice de fécondité, Québec, 1957–2024
Seuil 2,1
Source : Institut de la statistique du Québec. La courbe descend sous le seuil de remplacement dès les années 1970 et n’est jamais vraiment remontée.
Naissances avec un parent né hors Canada
Quand un peuple cesse de se renouveler et que d’autres, plus féconds, occupent ses berceaux, ses écoles et ses rues, on appelle ça un remplacement démographique. On a le droit de le nommer. On a le droit de ne pas le vouloir.
À Montréal, 7 bébés sur 10 ont au moins un parent né à l’étranger. Langue maternelle française : 77 % en 2016, 75 % en 2021. Île de Montréal : 51 % parlent encore le français le plus souvent à la maison.
Qui fait encore des enfants
Les Québécoises nées ici se contractent sous le seuil de survie. D’autres groupes, eux, continuent de croire à la famille nombreuse. Les femmes immigrantes ont longtemps eu autour de 1,9 enfant, contre 1,5 chez les nées au Canada. Chez les originaires d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, première génération, l’indice montait à 2,5 à 2,7 enfants.
Enfants par femme
Ligne de survie du peuple : 2,1. Barres proportionnelles à 2,6.
Part des 0–14 ans, Canada 2021
Canada
16,5 %
Musulmans
26,3 %
La population musulmane du Québec est passée de 109 000 personnes en 2001 à 422 000 en 2021. Au Canada, 26 % d’entre elle a moins de 15 ans, contre 16 % de l’ensemble. Âge médian : 30 ans, contre 41.
Nous n’accusons personne d’aimer ses enfants. Nous refusons que les nôtres deviennent une minorité folklorique dans le pays que quatre siècles de nos morts ont bâti.
Sources : ISQ, ORFQ/INRS (2001-2006), Statistique Canada 2021.
Le toit avant le berceau
Maison unifamiliale médiane à Montréal, 2025 : 790 000 $. 48 % du revenu dans l’hypothèque. 11 ans de mise de fond. La part du revenu consacrée à l’hypothèque a doublé en dix ans au Québec (15 % → 32 %).
Plus d’un demi-million de résidents temporaires : on importe de la demande, on exporte nos berceaux.
790 000 $
maison médiane, Montréal 2025
32 %
du revenu dans l’hypothèque
31 ans
âge du premier bébé, reporté
Le droit
Les Japonais, les Israéliens, les Coréens, les Hongrois défendent leur continuité. Personne au monde n’est tenu de disparaître poliment. Nous avons le même droit : vouloir que le Québec reste le pays des Canadiens français.
Un peuple n’a pas à s’excuser de ne pas vouloir s’éteindre. Ce n’est pas de la haine. C’est de la fidélité.
Notre héritage — ce que nous avons bâti
On nous a appris à baisser les yeux. À traiter notre héritage comme une faute. C’est un mensonge.
Nous sommes un peuple blanc d’Occident — caucasien, européen, héritier d’Athènes, de Rome, de la chrétienté et des Lumières. C’est cette civilisation qui a fait de la personne un sujet de droit, pas un sujet du prince. Liberté de conscience. Femmes égales devant la loi. Parlement, procès équitable, presse libre. La science qui se corrige elle-même.
C’est chez nous que l’hôpital, l’université, la cathédrale et le laboratoire ont grandi ensemble. L’électricité, l’aviation, les antibiotiques, l’informatique. Bach, nos musées, le français, le Code civil.
Les Canadiens français ont porté cet héritage sur un continent. Ce pays n’est pas un hôtel. C’est une œuvre. Un peuple qui a donné ça au monde a le droit de vouloir durer.
Ce qu’il faut faire, maintenant
01
Trois, quatre enfants. C’est l’acte politique le plus concret. Un peuple se vote dans les berceaux.
02
Logement, fiscalité, congés. Que le troisième enfant pèse plus que le troisième permis temporaire.
03
On n’importe pas, chaque année, l’équivalent d’une ville pendant que nos filles reportent le premier bébé à 31 ans.
04
On ne confie pas sa survie nationale à Ottawa. Un peuple maître chez lui décide qui entre, et comment on aide ceux qui font le pays de demain.
Tant qu’il reste encore des Québécois. Le pays ne se transmet pas tout seul. Il se transmet dans une famille, une langue, une table trop petite, un troisième enfant.
À imprimer, à passer, à vivre
Le pamphlet tel quel. Même mise en page, mêmes graphiques, mêmes images. À lire ici, à télécharger, à faire circuler.
Texte d’Emmanuelle Beauchamp. Sources : ISQ, StatCan, OQLF, CRPQ/INRS, APCIQ.

Le devoir
On peut porter le nom Tremblay, chanter Gens du pays, et laisser entrer, année après année, ce qui dissout le peuple qui a fait ces noms. L’héritage commande autre chose : des frontières, une langue qui n’a plus à s’excuser, des enfants qui sauront d’où ils viennent. L’indépendance n’est pas une nostalgie. C’est la seule façon de ne pas trahir les Filles du Roy — et les nôtres.
Maîtres chez nous. Pas locataires. Vive le Québec libre.
Sources, pour ceux qui veulent vérifier
Infolettre
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