Emmanuelle Beauchamp
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Chronique · 13 septembre 2026

4 min de lecture · 1 lecture

Le sourire de trop

Le 11 septembre 2026, New York a commémoré ses disparus à Ground Zero. Une pétition de plus de 100 000 signatures demandait l’absence du maire Zohran Mamdani. Il est venu. Une caméra l’a filmé en train de sourire pendant la lecture des noms. D’un côté, les faits. De l’autre, ce qu’ils disent d’une ville qui n’entend plus ce que cette journée exige.

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I. Ce qui s’est passé le 11 septembre 2026

Le 11 septembre 2026 marquait le vingt-cinquième anniversaire de la commémoration annuelle à Ground Zero. Comme chaque année, la cérémonie a surtout consisté à lire, pendant plusieurs heures, les noms des victimes. Des familles étaient là. Des élus aussi : le maire Zohran Mamdani, la représentante Alexandria Ocasio-Cortez, d’anciens maires et des personnalités nationales.

Des mois plus tôt, une pétition lancée par Giovanni Galante, veuf d’une victime, demandait que Mamdani n’y assiste pas. Elle invoquait ses prises de position, ses fréquentations, et ce que des familles jugeaient incompatible avec le sens du jour. Quelques milliers de signatures en juillet. Plus de 100 000 en septembre, parfois citées autour de 110 000. Le texte a été déposé à l’Hôtel de Ville. Mamdani a annoncé qu’il viendrait « fièrement ». Il est venu malgré tout.

Pendant la lecture des noms, un plan de quelques secondes l’a montré aux côtés d’Ocasio-Cortez, souriant, presque ricanant. Des médias y ont vu un rire déplacé. Des témoins, dont un ancien responsable de la sécurité de Rudy Giuliani, ont parlé d’un simple salut. La cérémonie a duré des heures. Mamdani est resté jusqu’à la fin de la lecture, puis a rencontré des familles.

New York n’a pas de procédure de révocation populaire du maire. Les appels à sa « destitution » n’ont donc pas d’effet juridique. La pétition, elle, n’avait qu’un objet : qu’il n’occupe pas cette cérémonie.


II. Ce que j’en pense

Ce comportement est complètement inapproprié.

Pas parce qu’un homme n’a pas le droit de saluer quelqu’un. Parce que ce n’était ni le lieu ni le moment. Une commémoration n’est pas une estrade. C’est le seul instant où les victimes reprennent le premier rang. Sourire à cette seconde-là, c’est les reculer d’un cran. C’est salir leur mémoire — même sans le vouloir, surtout en le niant ensuite.

Les familles avaient demandé qu’il reste à l’écart. Plus de 100 000 personnes le demandaient. Venir « fièrement », puis offrir aux caméras cette image, ce n’est pas honorer les disparus. C’est se moquer de ceux qui portent encore leur nom.

On dira que quatre secondes ne prouvent rien. Quatre secondes suffisent, quand elles tombent au milieu d’une lecture de victimes, pendant que d’autres pleurent leurs défunts. L’indécence n’a pas besoin d’un discours. Elle a besoin d’un lieu, et du mauvais geste au mauvais moment.

Ce geste n’arrive pas tout seul. Mamdani est suspecté, à tort ou à raison, de proximité avec des milieux islamistes. Son parcours, lui, n’est pas neutre :

  • cofondateur de Students for Justice in Palestine ;
  • hommage rap aux Holy Land Five, condamnés pour financement du Hamas ;
  • flou durable sur le slogan « globalize the intifada » ;
  • nomination de Ramzi Kassem ;
  • hommage à l’imam Siraj Wahhaj.

Le 1er janvier 2026, juste après minuit, dans l’ancienne station de métro de City Hall, il prête serment comme maire de New York, la main sur le Coran. Premier maire de la ville à le faire.

Le 20 février 2026, au Al-Khoei Islamic Center, il assiste à une prière du vendredi. Ce n’était pas une sourate du Coran, mais une invocation chiite au Mahdi. MEMRI traduit notamment :

« Je demande à Allah de faire de moi l’un de ceux qui t’attendent [le Mahdi], te suivent et te soutiennent contre tes ennemis, et de ceux qui sont martyrisés devant toi… Par tes mains vient le soulagement des croyants et la mise à mort des infidèles par ton épée. »

Le Coran contient un texte souvent appelé verset de l’épée (sourate 9, At-Tawba, verset 5) : « Tuez les associateurs où que vous les trouviez. » L’imam n’a pas cité ce verset mot pour mot. Il a dit autre chose, tout aussi net : l’épée contre les infidèles.

Le 4 septembre, même fil. Mamdani signe des décrets de mémoire, puis fait passer le stylo cérémoniel à Ramzi Kassem, l’avocat d’Ahmed al-Darbi, terroriste d’Al-Qaïda. D’abord l’invocation à l’épée. Ensuite le stylo du deuil remis à celui qui a plaidé pour un homme d’Al-Qaïda.

Deux scènes. Un seul message pour les familles : leur mémoire n’est plus le centre. Elle est un décor.

C’est là que New York, à mes yeux, a basculé. Pas seulement parce qu’un maire musulman existe — la ville en a le droit, et des milliers de New-Yorkais aussi. Parce que l’islamisme, ses slogans, ses réseaux, ses silences, ont cessé d’être un scandale pour devenir un décor. On a oublié qu’une idéologie sépare le monde entre croyants et infidèles. On a oublié assez vite pour trouver normal qu’un maire contesté par les familles tienne absolument à être là, et qu’on discute ensuite le sourire plutôt que la place.

L’islam, tel que je le vois ici, n’est pas seulement une foi privée. C’est aussi une doctrine politique, une vision du monde, parfois une logique de conquête. Le réduire à « une religion comme une autre », le jour où l’on honore des victimes, c’est déjà choisir d’oublier.

Une nation qui n’impose plus le silence à ses élus, le jour où elle nomme ses morts, n’a plus une commémoration. Elle a une habitude. Et l’habitude, face aux victimes, est déjà une forme d’oubli.

Mes sincères condoléances aux familles. Emmanuelle Beauchamp

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