Chronique · 2 octobre 2026
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En France, les manifestations lycéennes dégénèrent : 222 blocages, un lycée de 2014 en flammes à Nantes
Le 28 septembre, à Saint-Denis, des professeurs se donnent le bras devant le lycée Paul-Éluard pour faire écran entre les élèves et la police. Le 1er octobre, le mouvement touche 1 027 lycées, dont 222 blocages, et la police interpelle 1 949 personnes. Le même jour, à Nantes, le hall du lycée Nelson Mandela, inauguré en 2014, part en flammes. Même mouvement, deux images. L’une sert de récit. L’autre dit ce qui brûle. Le hall, autre angle. Les flammes sortent de la façade vitrée, l’escalier du parvis encore vide.

Le jeudi 1er octobre, le hall du lycée Nelson Mandela, à Nantes, a brûlé. Inauguré en 2014, bâtiment à énergie positive, prix national de la construction bois. Un lycée neuf, pas une ruine de la IIIe République. Le feu est parti de poubelles pendant un blocus, s’est engouffré dans le hall, a touché le self et des chambres d’internat. La proviseure adjointe a parlé d’incendie volontaire. L’établissement ne rouvrira pas avant les vacances de la Toussaint. Des lycéens, sur place, ont résumé la chose comme elle se dit dans ces cours de récréation : « Wesh, il a brûlé. »
Ce n’est pas un accident isolé. Depuis le 17 septembre, le mouvement est parti du lycée Saint-Exupéry, à Créteil, au lendemain d’une grève enseignante. Il a ensuite gagné le 93, Aubervilliers, Saint-Denis, puis Lille, Lyon, Rennes, Toulouse, Marseille, Nantes. Jeudi, le ministère de l’Intérieur comptait 1 027 établissements concernés, dont 222 blocages, 1 949 interpellations, et 84 policiers ou gendarmes blessés. Le Figaro évoquait le soir 1 793 gardes à vue, dont 90 % de mineurs. Côté Éducation nationale, Édouard Geffray a parlé de 235 blessés depuis lundi, dont 170 élèves et 65 personnels. À Marseille, des enseignants ont été aspergés d’essence. À Strasbourg, un tramway arrêté pour « restreindre les mouvements des émeutiers ». Le procureur de Bobigny décrit une situation de pré-émeute. Geffray, lui, a fini par lâcher la formule utile : le mouvement a été « pris en otage par des groupes ultra-violents ».
Les revendications affichées sont connues : professeurs non remplacés, classes à 35, bâtiments délabrés, Parcoursup. Une partie est réelle. À la rentrée, il manquait au moins un professeur dans 53 % des collèges et lycées publics, selon le Snes-FSU, et environ 7,5 % des heures du second degré ne sont pas assurées. Ce n’est pas ça qui met le feu à un lycée de 2014. On ne réclame pas des toilettes qui fonctionnent en brûlant le hall d’entrée et en arrosant des professeurs d’essence.
Et pendant que le bâtiment brûle, une autre image circule, soigneusement choisie par la gauche. À Saint-Denis, devant le lycée Paul-Éluard le 28 septembre, puis devant le lycée Suger le 1er octobre, des professeurs et des assistants d’éducation ont formé une chaîne humaine entre les élèves mobilisés et les forces de l’ordre. Même scène reproduite au lycée des Arènes, à Toulouse. Le récit militant est prêt : les profs protègent les enfants de la police. Regardez la séquence jusqu’au bout. Des tirs de mortiers visaient les policiers. Le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, était sur place les jours précédents et a déclaré au micro de BFM que « la violence, à un moment donné, peut être légitime ». Le préfet de police l’a signalé à la justice pour provocation à commettre un délit. La chaîne humaine ne sépare pas des enfants sages d’une police folle. Elle s’interpose entre l’ordre public et une émeute que des élus d’extrême gauche viennent légitimer.
Il faut dire ce que les images montrent et ce que les plateaux refusent de nommer. Le foyer du mouvement, ce n’est pas le lycée de centre-ville où l’on révise le bac de français. C’est Créteil, Saint-Denis, Aubervilliers, la Seine-Saint-Denis, les lycées de banlieue où la France d’avant a déjà disparu des cours de récréation. Sur les vidéos des blocus qui dégénèrent, les visages, les prénoms, la langue, ce ne sont pas ceux d’une jeunesse « diverse » au sens des brochures de l’Éducation nationale. Ce sont, en très grande majorité, des jeunes arabo-musulmans et des jeunes noirs, nés ici ou arrivés par la chaîne migratoire, dans des établissements que quarante ans d’immigration de masse ont transformés. L’État ne publiera pas la statistique : il l’a interdite. Les vidéos, elles, passent. Et ce sont ces mêmes quartiers qui fournissent, à chaque embrasement, les mêmes scènes : poubelles en feu, mortiers, bus caillassés, hall d’école carbonisé.
La France insoumise nie avoir organisé quoi que ce soit. Les services de renseignement, en cellule de crise jeudi à Beauvau, ont dit le contraire : opération montée par LFI et ses relais. Louis Boyard dément. Peu importe le degré exact de la consigne. Le résultat est là. Une extrême gauche qui ne gagne plus les classes moyennes va chercher sa troupe là où l’école a déjà cédé, lui explique que la police est l’ennemie, et appelle ça une mobilisation lycéenne. Les médias parlent de « jeunesse en colère » et de « violences policières ». Ils ne parlent pas du hall neuf qui brûle, ni de qui tient le mortier.
Plus de 400 établissements restent fermés ce vendredi. Manifestations interdites devant les lycées fermés. Cours à distance. Sébastien Lecornu a réuni une cellule de crise le jour même où il présentait un budget. L’Union syndicale lycéenne promet un acte suivant le 6 octobre. On connaît la suite si personne ne nomme les choses : un lycée de plus en cendres, une chaîne humaine de plus devant les caméras, et des éditorialistes pour expliquer que c’est la faute des moyens, du climat, de Parcoursup — de tout, sauf de ce qui se voit.

