Emmanuelle Beauchamp
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Chronique · 26 septembre 2026

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« Nous allons régner sur le CANADA » : le gang Bishnoi, le système fédéral et le prix d’une immigration que personne n’ose nommer

Un gang indien dirigé depuis une prison a écrit à la police canadienne : nous allons régner sur le Canada, nous avons des milliers d’hommes, chaque commerce paiera sa « taxe ». Derrière la vantardise, un réseau d’extorsions et de fusillades entré par les visas fédéraux. Preuve que le système d’Ottawa est percé et que le Québec n’aura la maîtrise de ses frontières que le jour où il cessera de les déléguer.

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En août 2025, un gang indien a envoyé à la police d’Abbotsford, en Colombie-Britannique, une lettre adressée au « ministre de la Défense, à l’armée et à la police ». Le texte, rendu public grâce à CBC, est mal écrit, arrogant et clair : le Canada n’a pas le courage de les arrêter ; ils vont « régner » ; ils « prendront le pouvoir » bientôt. Ils se vantent d'être plus de 5 000 membres au pays, de fusillades seulement 1 000 $ le contrat, d'avoir plus d’armes que la police, et d'imposer une « taxe » de protection que devront payer tous les commerçants « indien, blanc ou noir ».

Lawrence Bishnoi, le chef, n’a pas besoin d’être ici. Il dirige depuis une prison en Inde. C’est de derrière les barreaux qu’il est accusé de diriger un réseau transnational d’extorsion, de fusillades et d’incendies.

Ce n’est pas un canular. C’est un document versé en preuve dans des audiences d’immigration. Ottawa a inscrit le gang Bishnoi comme entité terroriste en septembre 2025.

Vidéos d’enquête (sources officielles) - Reportage CBC : « We will rule in CANADA » — lettre du gang

  • Article complet avec extraits de la lettre et des dossiers : CBC News

Qui est ce « clan »

Lawrence Bishnoi (né Balkaran Brar, 1993) est un ancien leader étudiant indien devenu chef de réseau. Emprisonné en Inde depuis 2015, il est accusé d’ordonner des opérations par téléphones de contrebande. Les photos qui circulent dans la presse mondiale sont presque toujours les mêmes : un homme jeune, tilak orange au front, encadré par des policiers armés.

Autre escorte judiciaire : le même homme, le même dispositif. Le chef n’est pas au Canada. Ses recrues, elles, le sont.

Les lieutenants et « foot soldiers » opèrent surtout en Colombie-Britannique, en Ontario et en Alberta : extorsions, fusillades, incendies, menaces WhatsApp (« cette fois c’est ta maison, la prochaine fois c’est toi »). Des jeunes hommes, souvent arrivés avec un permis d’études ou de travail temporaire, sont payés une misère pour tirer sur une façade.

CBC a aussi publié des images tirées de dossiers d’enquête et d’audiences d’immigration, voitures, armes, cellules locales.

Image associée au dossier CBC sur la lettre et les cellules d’extorsion : le style « foot soldier » — capuche, arme, voiture de sport — que les enquêteurs relient à cette vague.

Le résultat, côté victimes, n’a rien d’abstrait.

Vitre criblée documentée par la police dans le sillage de la crise d’extorsions liée au réseau Bishnoi et à ses imitateurs, en Colombie-Britannique.

Des mises en accusation américaines (opération Hard Ball) relient aussi le réseau à des meurtres commandités, dont celui du militant sikh Hardeep Singh Nijjar à Surrey en 2023, accusations que Bishnoi nie.

Un système d’immigration qui sert de porte d’entrée

Une part importante des exécutants n’ont pas « infiltré » le pays en secret. Ils sont entrés par les voies officielles : permis d’études, permis de travail temporaire, parfois demande d’asile ensuite abandonnée. Goldy Brar, lieutenant nord-américain souvent cité, est arrivé en 2017 avec un permis d’études. D’autres cellules d’Edmonton, de la région de Toronto ou du Lower Mainland suivent le même schéma.

L’ASFC a ouvert des centaines d’enquêtes d’immigration liées à ce réseau, délivré des mesures de renvoi et procédé à des éloignements. C’est mieux que rien. C’est aussi l’aveu que le filtre d’entrée a échoué à grande échelle. Quand un pays accueille des volumes records d’étudiants étrangers et de travailleurs temporaires sans suivi réel et ni expulsion lorsque nécessaire, il n’« ouvre pas le monde » : il importe des réseaux déjà structurés ailleurs.

Le Québec n’est pas le théâtre principal de cette vague. Ce n’est pas une raison de se rassurer. Visas, statuts temporaires et une grande partie du contrôle migratoire restent fédéraux. Un réseau qui se vante de « PRENDRE LE CONTRÔLE DU CANADA » ne s’arrête pas à la rivière des Outaouais par politesse.

Le tabou et l’impuissance d’Ottawa

Pendant des années, nommer le pays d’origine, le mode d’entrée et le profil des recrues valait accusation de xénophobie. On préférait parler de « communautés » et de « climat de peur » sans dire qui l’entretient, ni comment les intéressés sont arrivés. Résultat : le public découvre tard, par une lettre de gangsters, ce que policiers et agents frontaliers savaient déjà.

Ce n’est pas du « racisme » que de constater qu’un syndicat du crime indien utilise les failles canadiennes : permis d’études peu vérifiés, délais d’audience, difficulté à déporter même des individus clairement liés à l’extorsion. C’est du réalisme et du gros bon sens.

Ottawa a fini par inscrire le groupe sur la liste des entités terroristes. La liste ne remplace pas un contrôle des flux. Désigner un gang après qu’il a déjà recruté, tiré et extorqué, c’est soigner la fièvre quand on a laissé entrer le virus. Le fédéralisme canadien produit ici exactement ce qu’on lui reproche : une politique migratoire nationale unique, pensée à Ottawa, appliquée partout, responsable nulle part quand ça dérape.

Un Québec maître réel de sa sélection, de ses frontières et de l’application des renvois n’aurait pas à attendre que la Chambre des communes et l’ASFC se mettent d’accord sur le degré de « sensibilité » acceptable. Il déciderait qui entre, pour combien de temps, et qui repart.

Ce que la lettre révèle vraiment

La lettre Bishnoi n’est pas seulement un défi à la police. C’est un diagnostic. Un réseau criminel étranger estime que le Canada n’a « pas le culot » de l’arrêter. Même si le chiffre de 5 000 membres est de la vantardise, les estimations policières ont longtemps parlé de plus de 1 000 membres.

Un pays qui laisse un chef de gang emprisonné à l’autre bout du monde bâtir une milice d’extorsion avec des visas étudiants n’a pas un « défi d’intégration ». Il a un échec de souveraineté.

Les Québécois qui tiennent à leur nation, à leur langue, à leur sécurité et à leur capacité de décider qui ils accueillent ne peuvent pas traiter ça comme un fait divers de Surrey ou de Brampton. C’est le même régime, les mêmes règles, la même idéologie qui refuse de lier volume migratoire, origines et criminalité organisée importée.

On peut vouloir de l’immigration. On ne peut pas vouloir l’aveuglement. Un système qui produit à la fois des tensions dans les services et des lettres de gangs qui annoncent qu’ils vont « prendre le contrôle » n’est pas brisé par accident. Il est conçu pour ne pas dire non.

La seule réponse sérieuse n’est pas un communiqué de plus. C’est de reprendre le contrôle : moins de permis jetables, des vérifications réelles, des expulsions rapides et pour le Québec, les leviers d’un État qui n’a plus à supplier Ottawa de fermer le robinet après que l’eau a déjà inondé le salon.

Le gang Bishnoi a écrit noir sur blanc ce que trop de monde murmurait. Il reste à savoir si quelqu’un, ici, a encore le droit de le lire à voix haute.

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