Chronique · 8 octobre 2026
2 min de lecture · 2 lectures
Une autre belle victoire : l’école n’appartiendra plus au lieu de culte
Le 27 septembre, à Granby, le Parti québécois a nommé ce que Bedford avait déjà montré : l’école ne peut plus être la partenaire d’un lieu de culte. Deux jours après le scrutin, ce principe n’est plus une promesse de campagne. Il est l’engagement d’un gouvernement. Minoritaire, certes. Mais mandaté pour fermer la porte.

Le 27 septembre, à Granby, Paul St-Pierre Plamondon a mis un mot sur ce que beaucoup de parents savaient déjà sans oser le nommer. Interdire les partenariats entre les écoles et les lieux de culte. Deux jours après le scrutin du 5 octobre, le Parti québécois forme le gouvernement. Minoritaire, oui : 59 sièges, 28 % des voix, la CAQ rayée de la carte. Mais le mandat est là. Et sur la laïcité, ce n’est pas un détail de programme. C’est une ligne.
Bedford n’était pas un accident. C’était le résultat d’un système qui laissait entrer le culte par la porte de service, sous l’étiquette commode d’organisme communautaire. Gymnase prêté pour la prière. Intervenant « culturel » envoyé par la mosquée. Convention signée entre une école et un lieu de culte qui ne dit pas son nom. Les enfants, eux, n’avaient pas le choix du décor. On leur a demandé d’apprendre dans un cadre où la pression religieuse n’avait plus à se cacher.
La mesure est simple, et c’est pour ça qu’elle dérange. Une école ne sera plus la partenaire contractuelle d’une mosquée, d’une église, d’une synagogue ou d’un temple. Fini les locaux scolaires mis au service du culte. Fini l’école qui fonctionne dans les murs d’un lieu de prière. Fini l’imam, le catéchète ou l’animateur religieux qui entre par une entente de services, même repeinte en activité communautaire. Le culte reste libre. Il reste dehors.
Ce n’est pas isolé. Le même engagement coupe le financement des écoles qui touchent un crédit d’impôt comme organisme religieux, après le ménage fiscal promis pour ne pas punir celles qui suivent vraiment le programme du ministère. Il interdit, au primaire, les tenues et signes qui font reconnaître un enfant tout de suite par sa religion. Il force les lieux de culte à s’enregistrer comme tels, au lieu de se faire passer pour des centres communautaires. Il exige la déclaration des dons étrangers. Il documente l’entrisme. Il resserre la vigilance de la protection de la jeunesse quand des mineurs sont entraînés dans une secte.
Rien de tout cela n’est encore une loi. Un gouvernement minoritaire devra la faire voter, et l’opposition cherchera la faille. Mais le principe, lui, a cessé d’être une opinion de tribune. Il est devenu un engagement de ceux qui vont gouverner. Sept ans après la Loi sur la laïcité de l’État, le Québec constate que les lois 21 et 94 n’ont pas suffi à fermer la porte. Bedford l’a prouvé. Granby l’a nommé. Le 5 octobre l’a porté au pouvoir.
Une école, c’est un endroit où les enfants jouent ensemble, avec un cursus commun. Pas une succursale du lieu de culte. Pas un terrain de recrutement. Pas un compromis signé entre une direction fatiguée et une structure qui avance masquée. Appeler ça une victoire n’est pas de l’emphase. C’est le minimum : rendre à l’école ce qui lui appartient, et au culte ce qui lui appartient. Les deux, séparés. Enfin.

