Emmanuelle Beauchamp
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Chronique · 15 octobre 2026

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Rendez-nous notre croix

Démontée par une grue pour une restauration annoncée sur un an, peut-être deux, la croix du Mont-Royal a laissé derrière elle une tour vide au sommet de la montagne. Promesses floues, échéancier élastique, patrimoine catholique qui s'efface : beaucoup de Québécois craignent qu'elle ne revienne jamais. J'exige de la Ville une date de retour écrite.

Il y a quelques jours, une grue a soulevé la croix du Mont-Royal et l'a détachée de sa base. Il ne reste au sommet de la montagne qu'une tour d'acier vide. Pour beaucoup de Montréalais, cette image a fait mal. Elle a aussi semé une question que personne à l'hôtel de ville ne semble prendre au sérieux : et si elle ne revenait jamais ?

On nous assure que tout est sous contrôle. Le câblage électrique est en fin de vie, la base doit être consolidée, et la facture atteint près de 3,8 millions de dollars. On nous parle d'environ un an de travaux. Puis, en lisant les petits caractères, on apprend que ce sera peut-être la fin de 2027, ou même 2028. Quand un chantier public commence avec un échéancier élastique, le citoyen a le droit de s'inquiéter.

Cette croix n'est pas une simple décoration. Elle rappelle le vœu de Maisonneuve en 1643, quand la jeune colonie a failli être emportée par les eaux. Elle a été érigée en 1924 par la Société Saint-Jean-Baptiste, donc par le peuple québécois lui-même. Qu'on soit croyant ou non, elle fait partie de ce que nous sommes. Elle veille sur la ville depuis plus d'un siècle.

Ma crainte ne sort pas de nulle part. En 2022, un groupe a déjà réclamé publiquement son retrait. En 2019, le crucifix a quitté le Salon bleu de l'Assemblée nationale. Nos églises deviennent des condos, nos noms de rues changent, et notre patrimoine catholique recule un peu plus chaque année au nom de la neutralité. Pendant ce temps, beaucoup de Québécois constatent que d'autres expressions religieuses, notamment musulmanes, prennent de plus en plus de place dans l'espace public, jusqu'aux prières de rue. Ils ont l'impression qu'on applique la laïcité avec rigueur à notre héritage et avec beaucoup de prudence au reste.

Mon propos ne vise pas nos voisins musulmans. Ils ont le droit de pratiquer leur foi. Ce qui m'inquiète, c'est le manque de courage de nos institutions. J'ai peur d'un pouvoir politique qui préfère éviter la controverse plutôt que d'assumer qui nous sommes. Et j'ai peur que ce démontage « temporaire » devienne un jour une occasion commode de ne pas rouvrir le débat.

Alors je demande peu de chose, mais je le demande clairement. Je veux un engagement écrit de la Ville de Montréal qui fixe une date de réinstallation. Je veux des comptes rendus publics réguliers sur l'avancement des travaux. Et je veux une cérémonie de retour à la hauteur de ce que représente ce symbole.

La croix a été détruite une fois, en 1653, puis on l'a relevée. Nos ancêtres ne l'ont pas abandonnée. À nous de faire en sorte que, d'ici deux ans, elle brille de nouveau sur Montréal.

Emmanuelle Beauchamp

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